lundi 22 juin 2009

Délire nocturne

August Brill est un ancien critique littéraire à la retraite, qui suite à un accident, est condamné à meubler ses insomnies d'histoires de son cru pour éviter de ressasser ses échecs. Entouré de sa fille Miriam et de sa petite fille Katya, dépressive depuis la mort en Irak de son ex-fiancé, il rêve d'une Amérique parallèle, sans 11 septembre, et revisite pour sa descendance les principales étapes de sa vie peu glorieuse. Après le presque décevant "Dans le scriptorium", Paul Auster poursuit, avec "Seul dans le noir", l'exploration de sa fonction de romancier et le démontage minutieux des engrenages de la fiction. Délaissant ses habituelles explorations urbaines qui ont fortement contribué à la renommée de son œuvre, Paul Auster nous propose un roman déroutant servi par une construction assez originale.

La première partie du roman est donc un récit de science fiction. Délire nocturne d'un écrivain en devenir, August Brill nous fait vivre les aventures d'Owen Brick, magicien dans le civil, parachuté au sein d'un monde parallèle où l'Amérique est en pleine guerre civile. Sa mission, s'il l'accepte, est d'y mettre un terme en assassinant l'origine du mal : August Brill en personne.

Contre toute attente, en matière de science fiction, on peut dire qu'Auster touche sa bille. Même si elle n'est pas très originale, l'idée de départ est séduisante et laisse place à une histoire qui aurait pu finir en véritable roman si elle n'était pas interrompue violemment. Sorte de thriller-road movie à pieds, l'aventure fantastique d'Owen Brick est l'occasion pour Paul Auster d'évoquer à sa manière le 11 septembre, en imaginant un monde dans lequel il n'aurait pas eu lieu ; une façon discrète de nier ce non-évènement. L'Amérique parallèle imaginée par Auster est au cœur d'une violente guerre civile qui voit s'affronter des Etats ayant fait sécession, avec à leur tête celui de New York, et les Fédéraux, représentants quasi-militarisés du gouvernement. Attaque en règle contre l'administration Bush, Auster assoit ses positions en plaçant New York, sa ville, comme chef de file du mouvement d'indépendance et de contestation.

En se plaçant au cœur de sa fiction par l'intermédiaire du personnage d'August Brill, Paul Auster pose le problème du statut de l'auteur, du sien surtout, sorte de demi-dieu tout puissant, voix off omniprésente qui détient un pouvoir sans limite sur les vies fictives de ses personnages. Dans le cas d'August Brill, comme dans le cas d'Auster, ce pouvoir contrebalance son absence dans la vie réelle, où les évènements prennent le dessus sur cette faculté pourtant évidente pour certains de décider de son propre destin. Sur le reste, je m'abstiendrai de dispenser quelque analyse que ce soit, n'étant pas un spécialiste du roman, ni de la littérature en général.

"(…) les actes odieux que les humains commettent les uns envers les autres ne sont pas de simples aberrations, ils sont un élément essentiel de ce que nous sommes."

Puis Owen Brick meurt. Une méthode radicale et néanmoins efficace pour mettre en terme à cette première partie surréaliste et revenir sur terre. Un choix audacieux, là où l'imbrication des deux histoires aurait généré un contraste peut-être plus flatteur au risque d'être moins original. Vient alors l'angoisse d'une nuit blanche pour August Brill, qui est très vite dissipée par l'entrée en scène de sa petite-fille Katya, insomniaque et désireuse de percer à jour les mystères de la vie de son grand-père.

Cette deuxième partie est donc plus caractéristique de ce que Paul Auster a l'habitude de nous proposer : des personnages écorchés par la vie. Une autobiographie à peine masquée. Contrairement à la première partie dans laquelle Auster a recours à la fiction dans la fiction, la seconde plante le décor assez franchement en utilisant la mort injuste du petit ami de Katya pour monter une attaque en règle contre le gouvernement américain et ses choix catastrophiques pour la nation américaine.

Auster épluche ici la vie de ce pauvre Brill, faisant écho à ce que j'évoquais plus haut : le pouvoir de vie et de mort d'August Brill dans ses propres fictions mais également dans le cadre de son ancien métier de critique littéraire lui est indispensable pour compenser cette existence subie où ses choix mais surtout les évènements ne lui ont pas permis de garder le contrôle sur son destin, l'éloignant de ceux qu'il aime et réduisant sa vie à un bilan peu reluisant. L'écriture et la fiction leur permettent de remédier à cette impuissance.

"Et ce monde étrange continue de tourner."

J'ai découvert Paul Auster comme meilleur ambassadeur de la ville de New York et vous ne m'ôterez pas de l'idée que depuis deux romans, il l'a littéralement abandonnée. Incapable de revenir en profondeur sur les évènements du 11 septembre sauf par le biais d'une hâtive conclusion dans son "Brooklyn folies", Paul Auster a découvert que sa ville était destructible et s'en est malheureusement séparé. "Dans le scriptorium" avait déjà entamé ce processus d'extraction géographique en situant ce huis clos assez minimaliste au sein d'une chambre mais "Seul dans le noir" le confirme : New York, capitale du gratte-ciel, n'est plus le terrain de jeu favori de Paul Auster. Le romancier nous apparaît, à l'image de son personnage, comme paralysé ; incapable de déambuler davantage dans les rues de sa cité, évitant ainsi de voir s'envoler le mythe passé. New York comme entité n'existe plus ; son âme s'est envolée lors de cette effroyable journée de Septembre, vécue par Auster "comme un drame familial" ; d'où ce recentrage évident sur les personnages vivants, l'immuable décor urbain n'assurant plus son rôle de muse.

Conscient du fait qu'Auster ne peut pas se cantonner à décrire indéfiniment les innombrables avenues de New York, j'éprouve cependant une petite pointe de nostalgie pour ses déambulations intimistes au cœur de la grosse pomme ; une ville magistrale qu'on gratifierait plus facilement d'un "she" que d'un "it" finalement, comme beaucoup de cités à forte personnalité.

mardi 16 juin 2009

La Route

Cormac McCarthy a, entre autres choses, écrit "La Route", dont j'ai entrepris tardivement la lecture, sur les conseils avisés du Fric Frac Club toujours électrique (cf liste des immanquables de 2008) et de ma libraire (Espace pub : Le Poivre d'Âne à La Ciotat). Le Prix Pulitzer 2007 : un choc.

Dans un futur post-apocalyptique dont on saura peu de chose, un père et son fils tentent de survivre en suivant la route vers le Sud. Jour après jour, ils arpentent le bitume, poussant inlassablement un vieux caddie boîteux rempli d'un bric à brac indispensable à leur survie, traversant des paysages gris de désolation sans savoir si demain sera plus clément qu'aujourd'hui.

L'hypothèse de départ est franchement désespérée. L'apocalypse a eu lieu, à priori. Le monde est recouvert d'un manteau grisâtre et les survivants se comptent par poignées. Aucun avenir n'est envisageable en l'absence de changement climatique et au regard du peu d'individus encore civilisés qui peuplent la surface du globe. L'atmosphère est lourde et le style est assez sobre [ennuyeux ?]. Les jours se suivent et se ressemblent beaucoup ; à l'image des paysages cendrés que les deux héros traversent quotidiennement. L'espoir ici a peu de place et se trouve vite mis à mal par des rencontres inquiétantes voire abominables (la scène de la cave est à ce titre mémorable) et une lassitude qui gagne également le lecteur.

J'ai choisi délibérément d'occulter le côté religieux, de laisser de côté le caractère biblique de cette quête, pour me pencher sur ce qui m'a le plus touché dans cette histoire : le recours au mensonge. Au-delà de l'intensité de la relation père-fils qui constitue le pilier du livre, j'ai été fasciné par la force du mensonge. L'homme s'est fixé pour unique objectif la préservation de la vie de son fils, du "feu", préservation conditionnée par l'infaillibilité de leur instinct de survie. Malgré l'absence d'espoir liée à une situation sans issue, l'homme doit instaurer un climat de confiance qui passe inévitablement par le mensonge. L'homme ment à son fils pour éviter qu'il ne ressente son fatalisme et donc, qu'il cesse de marcher. Et c'est ce qu'on ferait tous en tant que père. Mais malgré tous les efforts que l'homme met en œuvre pour construire un hypothétique futur, l'enfant sait. Il sait que son père essaye de le rassurer, le désespoir transparaît et l'enfant n'est plus dupe ; alors il lui ment. Il lui ment sur sa perception de la situation et au final sur sa confiance en l'avenir.

Le mensonge le plus poignant reste celui qui va convaincre l'enfant de continuer sa route car l'homme ne sait pas ce qui l'attend. Rien ne peut garantir la sécurité de l'enfant. Et même si l'enfant le sait, il fait confiance à son père. Il accepte ce dernier mensonge car il n'y a de toute façon pas d'autre issue et qu'il représente tout l'amour que l'homme porte à son fils.

Je ne vous apprendrai rien en révélant que la fin du livre est déchirante et qu'elle arrachera une larme au plus solide et blasé des lecteurs. Déchirante et injuste car l'homme et son fils, malgré l'épreuve qu'ils ont traversé, n'auront pas l'occasion de partager cette lueur d'espoir. Mais cette fin ouverte nous laisse libre de noircir le tableau encore plus qu'il ne l'est pour finalement admettre que l'homme et son fils ne resteront pas séparés bien longtemps. Maigre et brève consolation car on optera, en raison de notre nature optimiste, pour la solution qui consiste à croire que le feu ne s'est pas éteint ; que l'homme a réussi et que son sacrifice n'a pas été vain.

Je ne sais pas si j'ai été très clair mais ce qui est limpide c'est que ce livre est sans doute le plus évident de ma courte vie de lecteur.

PS : Auster à suivre, puis Delillo, puis Powers.

mercredi 8 avril 2009

movement


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lundi 23 mars 2009

La Vague

Le printemps est arrivé et la neige a fondu à Marseille [ne pas rire]. Ici le printemps n'existe pas, on passe directement à l'été, c'est plus sympa. Mon hibernation prend donc fin doucement, même si ma liste de lecture n'a été que partiellement respectée. Le beau temps m'offrira de toute façon de belles occasions de prendre la forme d'un transat, un bon livre à la main, pour terminer le travail entamé, sous le soleil aride de la Provence.

J'ai acheté et lu "La Vague" de Todd Strasser parce que j'en avais énormément entendu parler, publicitairement parlant. Un sujet délicat, inspiré d'un fait réel, adapté au cinéma et qui est inscrit au programme de nombreux lycéens allemands. "La Vague" est en fait le récit d'une expérience scolaire visant à comprendre par l'exemple l'engrenage subtil des phénomènes de groupe et parmi eux du plus connu d'entre eux : le nazisme. Récit d'une expérience qui a mal tourné, déchaînant les pulsions violentes des cobayes, "La Vague" a également été transposé récemment au cinéma par le réalisateur Dennis Gansel.

"Plus le mensonge est gros, plus les gens le croiront."

Le mouvement prend pour hypothèse de départ que la performance est obtenue par l'unité, l'action et la discipline. Ce principe, exposé aux étudiants par leur professeur d'histoire, va servir de point de départ à une initiation progressive aux préceptes précités qui seront rapidement adoptés par la classe de lycéens dont l'enthousiasme et la naïveté décupleront la réussite du projet.

Le nazisme est encore dans toutes les têtes et il est évident que l'histoire est susceptible de se répéter. Les phénomènes de groupe s'observent encore aujourd'hui, à des échelles moindres et dans des contextes différents, et sont susceptibles de conduire la population à des actes destructeurs si les leçons de l'Histoire viennent à être oubliées. Mais ici, l'aveuglement des lycéens est très difficile à digérer, d'autant plus que l'expérience prend place au sein d'un cours d'histoire sur le nazisme, juste après la projection d'un film sur l'holocauste qui choque la plupart des jeunes spectateurs. L'obéissance soudaine des élèves, l'apparition d'un signe de ralliement et l'esthétique générale du mouvement rendent l'ensemble assez improbable et placent la candeur des élèves au premier plan, là où la subtilité de ce qui est à démontrer aurait demandé plus de finesse.

Le fait que l'histoire soit romancée nuit certainement à la crédibilité du récit, occultant certains aspects théoriques des mécanismes vicieux qui ont mené les élèves à paraphraser le nazisme. On s'attache ici à décrire les relations entre les élèves pour illustrer la dégradation de leurs rapports plutôt que de prendre le temps de transformer insidieusement les mentalités. Résultat : les jeunes étudiants se transforment trop rapidement en S.S. pour que la situation ait l'air plausible. La mutation est trop rapide et le lecteur reste dubitatif voire sceptique.

Je pense que ce qui ne fonctionne pas dans le livre doit fonctionner dans le film. La lecture de "La Vague" manque d'échos visuels. L'esthétique du mouvement est très mal traduite alors qu'elle nous frappe au cinéma : le logo rouge, le salut, l'évolution des tenues vestimentaires en uniformes blancs ; tout ce qui frappe notre mémoire pour nous rapprocher de l'Histoire. C'est cette crédibilité du mouvement qui manque cruellement au livre ; difficile dans ces conditions d'admettre que le récit est tiré d'un fait réel.

On restera indulgent sur le cas particulier du professeur d'histoire qui, au-delà de la réussite assez évidente de son expérience, prend conscience de son rôle progressif de leader et de la transformation opérée sur sa façon de gérer le groupe. Le rôle et l'influence déterminants du Führer dans la mécanique générale apparaissent alors plus évidents et constituent finalement la partie la plus intéressante et la plus crédible du livre.

Côté liens, rien chez le FFC et c'est mieux comme ça.

samedi 7 mars 2009

Puissant Powers

Je m'excuse pour ce post improvisé mais fallait qu'ça sorte... J'ai entamé "Le temps où nous chantions" hier soir et les premières pages m'ont transporté. Une dizaine de phrases cultes par page et une écriture magistrale. Je suis sous le choc.

...désolé.

vendredi 6 mars 2009

Journal d'hibernation n° 2

"Dans le scriptorium", "Seul dans le noir" et "la Vague" terminés. "Le temps où nous chantions" entamé. Que de papiers inachevés.

lundi 2 février 2009

Comme vous pouvez le voir à droite, je suis assez fan des photos de mon vieil et bon ami Fabrice P., organisateur et photographe de l'expo Facedowners, dont je me fais l'écho aujourd'hui (je pense qu'il ne m'en voudra pas) :

"Facedowners a officiellement vu le jour lors de la création du groupe éponyme sur Facebook, réseaux social ô combien mondialement populaire. À l’origine, c’est une galerie confidentielle : des facedowns rudimentaires réalisés sur le vif, dans la continuité du joli site aplatventre.com. Le plaisir de se mettre en scène sous cette forme d’autodérision fédère vite de nouveaux membres, prêts à rivaliser de créativité pour faire le don de leur meilleur facedown. C’est ainsi qu’on a commencé à voir des facedowners le long des dunes Saharienne, sous des couchers de soleil Californiens, sur les plages de Coney Island, des marches de palais indiens, dans les couloirs des métros Bruxellois ou encore dans les jungles Birmanes.

Aujourd’hui le projet facedowners constitue une des premières œuvres communautaire venue du Web 2.0, sans aucun but mercantile. Nous désirons sortir cette œuvre du cadre exclusif du web, pour lui consacrer une exposition «réelle», à destination de nouveaux publics.

Rejoignez-nous pour un vernissage en bonne et dûe forme le 11 Février de 20h30 à 22h précises. Le Citadium reste ouvert juste pour vous, une excellente occasion de découvrir l'expo et de partager un verre entre amis ou de faire connaissance. Au programme : DJ set, installation vidéo, épreuves d'initiation, et happening géant à 21h30. Je vous laisse imaginer de quoi il s'agit..."

http://www.facebook.com/event.php?eid=47856542910